Dans la canopé je suis tendre, j'ai de la paresse à revendre - 2020 - Gouache, stylo sur carton
Dans la canopé je suis tendre, j'ai de la paresse à revendre - 2020 - Gouache, stylo sur carton

Dans sa série Parle avec lui, elle initie un dialogue avec son défunt fils, Tom. À son décès, elle découvre nombre de ses poèmes, faisant ainsi naître le désir d’amorcer une œuvre à quatre mains. C’est à la relecture de Je suis vivant, qui affirme sa présence dans tous les éléments de la nature, que la révélation se produit. Non sans humour, le texte se termine sur ce vers : « Je ne meurs pas, mais je te berne ». Chaque feuille, chaque branche, chaque rayon de lumière pourrait donc témoigner de la présence de son fils. Tout se prête alors à la contemplation.

 

L’artiste prélève des vers des poèmes de Tom et les illustre, leur donne vie. Elle peint des paysages fantasmagoriques auxquels se mêlent de véritables feuilles et fleurs. Leur luxuriance relève presque de la vision et nous invite à interroger le sensible, à regarder au-delà. En prolongeant cette œuvre posthume, elle l’actualise et l’ancre dans le présent. « L’art est un anti-destin » écrivait Malraux, et c’est ce que fait Sophie Simonet par cet échange qui défie la perte et l’absence.

En initiant cette série, un tournant s’opère dans l’œuvre de la peintre. Jusqu’alors, sa production se déployait dans des tons plus obscurs et à travers des thèmes mythologiques particulièrement denses. Désormais bien vivante elle aussi, elle revient à une plus grande légèreté avec des compositions très lumineuses et spontanées. 

 

Tara Benveniste


Tableaux

Dessins

 

Je suis vivant 

 

Je suis vivant je suis sans voix

Je suis dans la terre, sous les bois

Je suis entier, je suis en pierre

Je suis les nids de poussière

Je suis pétrifié je suis belle

Je suis les cours d’eau du djebel

Et je préside les saisons

Et les orchestres de grillons

 

Je suis malicieuse je suis douce

Tour à tour lichen ou bien mousse

Je suis à dent je suis à bec

Je suis à griffe à museau sec

Je suis ministre et grand coudou

Je suis à tes lèvres et à ton cou

Et je glisse en toi, impérial

Quand je deviens serpent nuptial

 

Je suis sans pitié je suis drôle

Dans le corail ou sous le saule

Je vais de carrières en carrières

De balançoires en fourmilière

Dans la canopée je suis tendre

J’ai de la paresse à revendre

Je te fais un lit de mes lianes

Pour t’y confondre mon iguane

 

Je suis broussailleuse je suis folle

J’ai de l’écorce à mes guiboles

J’ai tant de parures pour te plaire

Je fais le pain, même en hiver

Je fais le bon ou le rapace

Dans l’herbe ou sous ma carapace

Et de temps en temps si j’hiberne

Je ne meurs pas, mais je te berne

 

Tom Derhy

 

 


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