SOPHIE SIMONET

PARLE AVEC LUI
photo : Adrien Thibault
Sophie Simonet se définit comme une exploratrice. Naviguant sans limites entre les sujets et les médiums, elle laisse son intuition orienter sa pratique et ouvrir des territoires plastiques toujours renouvelés. Puisant son inspiration dans la nature, la poésie, la danse et les sciences, elle se saisit d'innombrables techniques et matières pour faire paysage.
Dans son livre Parle avec lui, qui rassemble quatre séries, l’artiste initie un dialogue avec son fils défunt, Tom. C’est après avoir découvert de nombreux poèmes qu’il avait laissés derrière lui que naît le désir d’amorcer une oeuvre à quatre mains. Elle prélève alors des vers et leur donne vie grâce à l’acrylique, l’huile, la lithographie, ou encore le pastel. Chaque mot devient le point de départ d’explorations multiples et ouvre sur un horizon, sur un monde, qu’elle étudie en profondeur.
C’est à la relecture du poème Je suis vivant que la révélation se produit. Tom y affirme sa présence dans tous les éléments de la nature, concluant non sans humour : « Je ne meurs pas, mais je te berne ». Chaque feuille, chaque branche, chaque rayon de lumière s’anime soudain d’une présence nouvelle, et Sophie Simonet compose alors une ode à la nature.
Ce dialogue se poursuit avec Petit Nomade qui célèbre la contemplation et emmène l’artiste sur les terres marocaines, où le temps s’étire. Puis, De quelle couleur tu m'aimes qui crée une association synesthésique entre l'amour et la couleur est l'occasion pour Sophie Simonet de revisiter ce thème éternel et d’en faire varier les teintes. Enfin, Je connais un endroit immense et désertique invite à un voyage intérieur hors du temps et de l'espace, « un lieu comme écrin ».
Parle avec lui ne fige pas la mémoire mais insuffle un renouveau et ouvre un cycle de création sans fin. Loin d’illustrer littéralement les poèmes, ces quatre séries y prennent simplement racine pour s’élever vers un ailleurs. Cette démarche marque ainsi un tournant dans l’oeuvre de la peintre. Jusqu’alors dominée par des tons plus obscurs et des thèmes mythologiques particulièrement denses, sa production se déploie désormais à travers des compositions lumineuses.
Il s’agit là de bien plus qu’un travail plastique : c’est un élan vital, la transcendance d’un deuil. En prolongeant l’oeuvre de son fils, elle l’actualise et l’ancre dans le présent. « L’art est un anti-destin » écrivait Malraux, et c’est ce que fait Sophie Simonet par cet échange qui défie l’absence.
Tara Benveniste
Autrice
film : Marilou Poncin

photo : Mélanie Challe

















